L’insupportable verbe supporter

Faut-il supporter ou soutenir son équipe ?

Le verbe supporter continue d’être employé en lieu et place de soutenir dans le contexte sportif. Cet usage est en contradiction avec le sens du verbe supporter comme avec les recommandations de la Commission d’enrichissement de la langue française. Pourquoi cette préférence ?

Supporter quelqu’un n’est pas le soutenir

Les dictionnaires sont formels : quand le complément d’objet désigne un être animé ou une personne, supporter signifie « admettre, tolérer, s’accommoder de quelqu’un » et en aucun cas « le soutenir, être de son côté ». Le sens sportif et le sens officiel de supporter seraient donc contradictoires, d’où le sentiment d’inconfort que peuvent provoquer des phrases comme : « Ils sont venus nombreux supporter leur équipe. »

Une telle utilisation du verbe supporter à la place de soutenir est un anglicisme attesté par le Petit Robert depuis 1965. To support (« soutenir, y compris financièrement ») vient de l’ancien français sorporter, lui-même issu du latin supportare qui, après avoir signifié « porter du bas vers le haut, transporter en remontant, amener » à l‘époque classique, signifie « supporter, soutenir » à l’époque décadente (c’est-à-dire après la période classique). C’est ce sens qu’a le verbe français au moment où il traverse la Manche au Moyen-âge, c’est le sens que to support a conservé en anglais, et c’est ce sens qui est revenu dans l’hexagone au XXe siècle avec l’emploi de supporter au lieu de soutenir dans le contexte sportif.

Et les supporters, alors ?

Afin de comprendre les raisons pour lesquelles le sens de to support s’est imposé au verbe supporter, il faut chercher du côté du substantif anglais supporter.

Supporter (n.) s’impose devant supporteur

Ce nom (1920) apparaît en français à une époque (l’entre-deux-guerres) où de nombreux anglicismes du domaine sportif fleurissent dans notre langue. Un supporter est un partisan dans le domaine sportif. Là encore, les recommandations de la Commission d’enrichissement de la langue française, qui préconise supporteur et supportrice, sont peu suivies. C’est peut-être parce qu’elles datent des années 1980, époque où supporter était déjà installé depuis plusieurs décennies dans la langue française. À moins que ce ne soit parce que supportrice n’est pas très euphonique – ni très logique : on attendrait plutôt supporteuse… Quoi qu’il en soit, supporter étant un nom masculin en français (comme en anglais, où il a pour forme féminine supportress), on ne peut dire « une supporter ». Le seul féminin disponible est celui de supporteur, c’est-à-dire supportrice (qui rappelle supportress), ce qui plaide en faveur des recommandations officielles.

Quid des autres chalengeurs de supporter (n.) ?

Autre question : pourquoi avoir accueilli le nom supporter alors qu’existaient des dérivés de soutenir ? Soutien peut, lui aussi, désigner un être animé mais semble trop vague : un club sportif peut compter sur des soutiens financiers ou politiques sans que ces êtres animés soient nécessairement des supporters… Il faudrait alors préciser, trouver une locution comme « soutien d’équipe », sur le modèle de soutien de famille – ce qui serait forcément longuet. Autre dérivé de soutenir, souteneur ne peut pas faire l’affaire non plus, ayant, comme on le sait, un sens spécialisé très éloigné du domaine des saines activités sportives. Les dictionnaires nous rappellent pourtant qu’il eut jadis le sens de « défenseur, partisan » d’une idée, d’une cause…

Récapitulons

Le sens de to support (qui est lui-même un ancien sens français du verbe supporter) ce serait donc imposé au verbe français supporter sous l’influence du substantif supporter qui est un anglicisme lexical.

Cependant, si supporter (n.) est venu combler une (relative) lacune lexicale avant l’apparition du néologisme supporteur, l’emploi du verbe supporter en lieu et place de soutenir est un anglicisme inutile.

Conclusion

Soyons partisans de soutenir quand il s’impose, au lieu d’employer le verbe supporter à contresens. En outre, et à défaut de vouloir réhabiliter les souteneurs, soutenons et adoptons une bonne fois pour toutes les supporteurs et les supportrices !

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